Connasse, Princesse des cœurs : Critique du film

Quand Borat se prend pour Peau d’âne

Pour les habitués de Canal +, il est inutile de présenter Connasse. Pour les autres, il vaut sans doute mieux avertir que le concept est celui d’une pastille humoristique d’une trentaine d’épisodes, basée sur un système de caméra cachée, qui a commencé à être diffusée dans le Before puis, du fait de son succès, dans Le Grand Journal (le fait que la chaine n’ait pas participé à la production du film laisse dès lors supposer que l’on n’y reverra pas de nouveaux épisodes !). Le personnage qu’y incarne Camille Cottin, est celui d’une jeune femme insupportable, n’hésitant pas à dire tout haut ce qu’elle pense, le ressort comique étant donc la réaction des passants devant ce franc-parler outrancier. On sait la catastrophe cinématographique vers laquelle mène souvent la volonté d’étirer le concept d’un sketch à un format de long-métrage, le projet de voir Connasse adapter au cinéma paraissait donc un défi risqué.

Dans le duo à l’origine de la mini-série, une seule des deux avait une réelle expérience de la réalisation de long-métrage puisque Noémie Saglio a réalisé la comédie Toute première fois, sortie trois mois plus tôt. Une difficulté de plus dans la mise en chantier d’une fiction cohérente tenant sur une durée de 80 minutes qui puisse s’éloigner d’une succession de saynètes. Sur le plan technique également, une redite du format télé était impossible, puisque la diffusion dans une qualité cinématographique nécessitait un matériel plus lourd, compliquant certains tournages rapprochés, au plus près des victimes. Et pourtant, grâce à un scénario millimétré, les deux réalisatrices et l’actrice sont parvenues à accumuler des passages fort amusants bâtis sur une réelle dramaturgie.

En envoyant leur connasse à Londres, les punchlines sur les différences culturelles et les quiproquos linguistiques étaient assurés (ce qui est d’autant plus drôle quand on sait qu’en réalité Camille Cottin est parfaitement bilingue). Même si l’intrigue en soi n’a aucun intérêt, elle se révèle être un bon prétexte pour des situations rocambolesques inattendues. Mais la vraie réussite comique est que, grâce à un montage digne d’un vrai film, le personnage est creusé à tel point qu’elle en deviendrait presque attachante. C’est donc finalement moins les réactions des victimes filmées à leur insu, que le parcours et l’audace de la Connasse qui deviennent véritablement drôles. Avoir su mettre au point un véritable personnage de cinéma et diversifier les gags plutôt que se contenter de cacher des caméras pour nous montrer des gens outrés par un comportement inapproprié ou grossier est la recette qui permet au long-métrage de tenir la route sur la durée. Comme souvent dans le cadre de ce procédé, les prises ratées et le making-of sont au moins aussi drôles que la caméra cachée elle-même, d’où la nécessité de voir le générique de fin dans son intégralité.

Le fait d’avoir réussi à faire rire des spectateurs n’étant pas préalablement fans du format court est la meilleure preuve que, sous sa forme de long-métrage, Connasse fonctionne parfaitement. Sans que l’on puisse qualifier le film de comédie astucieuse et surprenante, il s’agit bien d’un sympathique divertissement sans baisse de régime ni blague qui tombe à plat, idéal pour se changer les idées.

Synopsis: Camilla, 30 ans, Connasse née, se rend compte qu’elle n’a pas la vie qu’elle mérite et décide que le seul destin à sa hauteur est celui d’une altesse royale.

Connasse, Princesse des cœurs : Bande-Annonce

Connasse, Princesse des cœurs: Fiche Technique

Réalisatrices : Noémie Saglio et Eloïse Lang
Scénario : Noémie Saglio et Eloïse Lang
Inerprétation: Camille Cottin
Musique : Fred Avril
Image : Thomas Bremond
Monteur : Sandro Lavezzi
Producteurs : Noémie Saglio, Eloïse Lang, Cyril Colbeau-Justin, Jean-Baptiste Dupont…
Société de production : Les productions de la connasse
Distribution (France) : Gaumont Distribution
Genre : Comédie
Durée : 80 min.
Date de sortie : 29 avril 2015

France – 2015

 

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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