Comme des Bêtes, un film de Yarrow Cheney et Chris Renaud : Critique

Les animaux sont en fête cette année, surtout du point de vue de l’animation. Après les cartons mondiaux de Zootopie et du troisième volet de Kung-Fu Panda, et les succès toujours en cours de Pixar (Le Monde de Dory) et de la Twenty Century Fox (L’âge de glace – Les lois de l’Univers), c’est au tour des studios Illumination Entertainment, créateur du diptyque Moi, Moche et méchant, de nous présenter une aventure inédite de nos amis à quatre pattes, intitulée The Secret Life of Pets.

Synopsis : Dans un immeuble de Manhattan, la vie de Max en tant qu’animal de compagnie préféré est chamboulée au moment même où son propriétaire ramène à la maison un bâtard mouillé nommé Duke. Ils doivent cependant mettre leurs différends de côté quand ils découvrent qu’un adorable lapin blanc prépare une armée d’animaux de compagnie abandonnés, ces derniers étant bien décidés à se venger de tous les animaux de compagnie heureux, ainsi que de leurs propriétaires.

Un Toy Story animalier

Grossièrement traduit Comme des Bêtes, le long-métrage est réalisé par Chris Renaud, séparé de Pierre Coffin, avec qui il avait imaginé l’histoire de Moi, Moche et Méchant, parti réaliser le film consacré aux Minions. Il met en scène une bande d’animaux domestiques (chiens, chats, hamster, oiseau) propulsés au cœur de la ville, loin de leur confort habituel, à la recherche de Max et Duke, les personnages principaux du film. Aux prises avec un gang d’animaux vivant dans les égouts de la ville et mené par un lapin hyperactif, ils mettront tout en œuvre afin de regagner le domicile familial avant le retour de leurs maîtres.

 

« Que peuvent-ils bien faire quand vous n’êtes pas là ? » nous scande l’affiche. Tel est le postulat de départ du film, qui a fait office d’argument efficace de communication auprès du grand public un an en arrière avec un long teaser de deux minutes, où l’on voyait les animaux  vaquant à des occupations pour le moins singulières lors du départ de leur maître. Cette séquence constitue le début du film. Que ce soit la mise à mal d’un réfrigérateur rempli de nourriture, une séance massage et détente avec un robot cuisine ou encore une session hard rock à faire trembler les murs, ces mini scénettes très réussies illustrent parfaitement le propos vendu avec une originalité telle qu’on aurait aimé retrouver tout le long du métrage. C’est malheureusement là où le bât blesse. Car à partir de l’élément déclencheur qu’est l’arrivée de Duke dans la vie de Max, le scénario ne prend plus aucun risque et préfère se diriger sur des chemins plus banalisés. En effet, l’intrigue ressemble fortement au premier Toy Story, autant sur le déroulement progressif de l’histoire (deux êtres que tout oppose doivent s’allier pour retourner chez eux) que la trame de fond (que font ces êtres doués de raison lorsque le maître/propriétaire a le dos tourné ?), mais sans avoir le génie et la poésie de Pixar. Il se contente de plus de recycler les lieux communs à ce genre d’aventures animées, avec son lot d’obstacles habituels (le grand retour de la fourrière !), son duo de personnages qui finalement arrivera à s’apprivoiser, et une morale bien-pensante soulignant l’importance de l’entraide et de la solidarité. Voulant parfois développer certains pans de l’histoire qui auraient pu être très intéressants et apporter un brin de psychologie à l’ensemble, notamment sur les origines de Duke, le réalisateur n’en fait que des tentatives ratées, rapidement expédiées afin de réemprunter de suite le chemin de la prévisibilité. C’est d’autant plus dommage que les personnages sont réellement attachants.

 

Car si la force du film ne réside pas en son histoire, elle se retrouve totalement dans sa galerie de personnages, tous plus drôles les uns que les autres. Si Max et Duke se révèlent finalement classiques dans leurs caractéristiques et développement (l’un petit, intelligent et aimant, l’autre plus bourru et costaud), c’est en leurs compères que les nombreux sourires voire éclats de rire se manifesteront. Entre un hamster à la voix fluette ne retrouvant jamais son chemin, une chienne adorable au poil bien brossé mais se transformant progressivement en un adversaire redoutable en arts martiaux, et un faucon s’empêchant par tous les moyens de dévorer tout ce beau monde, le public, aussi bien jeune que plus âgé, y trouvera son compte. Mention spéciale tout de même à Pompon le lapin, dont l’hyperactivité et le caractère psychopathe sont bien représentés par le doublage français de Willy Rovelli.

 

L’animation de Comme des Bêtes est quant à elle d’une qualité remarquable, voire plus que les derniers nés des studios Illumination. Que ce soit les nombreux paysages urbains de jour comme de nuit, représentés à la fois par de petits pavillons unifamiliaux et d’immenses buldings et centres d’affaires ou les nombreuses caractéristiques présentes sur les animaux (fourrure, plumes …), le niveau de détail et de gestion des couleurs est bien poussé et ne fait que rendre l’image plus chaleureuse encore. L’animation est également d’une belle fluidité : les quelques scènes d’actions se suivent sans mal, et deviennent même assez captivantes grâce à la composition d’Alexandre Desplat. Ce dernier a su trouver le juste équilibre. Il nous propose une bande originale alliant un côté plutôt intimiste avec des notes très discrètes, surtout pour les parties relationnelles entre l’homme et son animal (on pense notamment à la toute fin) et un côté beaucoup plus dynamique avec envolée de cuivres et de percussions pour les séquences d’action.

 

Ne voyez par conséquent aucunement dans Comme des Bêtes le film d’animation de l’année. Son intrigue principale et son absence d’originalité, ainsi que les thèmes abordés, l’empêchent d’accéder à ce statut, contrairement à un certain Zootopie qui, par la modernité de son propos, a su se démarquer de ses concurrents. Ce constat aidant, le film constitue tout de même un divertissement familial très honnête, drôle, bien mené, grâce à ses personnages et à une qualité technique irréprochable.

Comme des Bêtes : Bande annonce

Comme des Bêtes : Fiche technique

Titre original : The Secret Life of Pets
Réalisation : Yarrow Cheney et Chris Renaud
Scénario : Bryan Lynch
Doublages (VO) : Louis CK (Max), Eric Stonestreet (Duke), Kevin Hart (Pompom), Steve Coogan (Ozone, Reginald), Elie Kemper (Katie), Lake Bell (Chloé)…
Doublages (VF) : Philippe Lacheau (Max), François Damiens (Duke), Willy Rovelli (Pompon), Florence Foresti (Chloé) …
Direction artistique : Colin Stimpson
Montage : Alexander Berner
Musique : Alexandre Desplat
Producteurs : Janet Healy, Dave Rosenbaum, Chris Meledandri
Société de production : Illumination Entertainment & Illumination Mac Guff
Société de distribution : Universal Pictures International France
Genre : Animation, comédie
Durée : 87 minutes
Date de sortie : 27 juillet 2016

Etats-Unis – 2016

 

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Kevin Beluche
Kevin Beluchehttps://www.lemagducine.fr/
Grand passionné de cinéma depuis mes 3 ans, âge auquel j’ai pour la première fois mis les pieds dans une salle de cinéma (Aladdin !), je n’ai depuis cessé d’alimenter mon amour vis-à-vis du septième art. A travers des critiques ponctuelles, des discussions endiablées entre passionnés et amis, de nombreux achats d’objets collector et de sorties, cet art est devenu un réel besoin ne demandant qu’à être assouvi encore davantage. Ayant un double diplôme dans la finance et la comptabilité à Nancy, je travaille actuellement dans une boite de BTP en tant que responsable administratif. Mais fort heureusement, le cinéma ne m’a jamais réellement lâché, l’écriture me permettant de transmettre les rouages et mécanismes de ma passion.

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