« Post Mortem » : Zoé et ses fantômes loquaces

Dans Post Mortem, Zoé voulait seulement tricher à un contrôle d’histoire. En invoquant quelques grands noms du passé, elle a surtout ouvert la porte à une bande de fantômes envahissants. Et à une succession de gags qui vise d’abord les jeunes lecteurs.

Zoé avait un plan : appeler quelques esprits à la rescousse pour réussir son contrôle d’histoire. Léonard de Vinci, Jeanne d’Arc, Marie Curie, Jules César, Cléopâtre, Napoléon ou Louis XVI devraient faire l’affaire. Le problème, c’est qu’une fois invoqués, ces illustres disparus ne semblent pas pressés de repartir. Trop bavards, soucieux de leur propre importance, ils s’invitent dans les devoirs de Zoé, la suivent en classe et finissent par compliquer passablement sa routine quotidienne.

C’est le ressort comique du premier tome de Post Mortem, sous-titré « Les grands esprits se rencontrent », et signé Bruno Wennagel, Jeanne Frémont et Tim Charx. Le titre promet une rencontre de célébrités historiques. Il en joue énormément. Napoléon est irascible, les autres réclament leur part de gloire et Marie Curie prête à confusion malgré elle, puisqu’on lui attribue la maternité du curry. Tous veulent raconter leur histoire, corriger les autres ou se faire remarquer. À force de manifestations, la professeure d’histoire en vient à soupçonner que sa salle de classe est hantée. Une intuition qui, pour une fois, n’a rien d’absurde.

Les ennuis débordent bientôt le cadre scolaire. Zoé doit dissimuler ses fréquentations surnaturelles à sa famille et improvise pour échapper aux soupçons. À ce secret s’ajoute une autre préoccupation, bien plus terrestre : elle est amoureuse de Bilal et espère aussi mettre les esprits à contribution pour le séduire. Le récit tire de ces différents fils une série de situations où l’héroïne se retrouve prise dans ses propres pirouettes.

L’album préfère le gag à l’intrigue au long cours : les chutes en fin de page donnent le rythme et les épisodes s’enchaînent comme autant de petites catastrophes. Certaines images ont un vrai potentiel burlesque : Zoé qui, dans une boutique de musée, s’en prend à des souvenirs de sphinx pour se défouler, ou retouchant un dessin de Léonard de Vinci au point que sa professeure croit voir dans son travail une révolution artistique. Ce sont des trouvailles simples, conformes à l’énergie enfantine qui se dégage de ce premier tome.

Le dessin adopte lui aussi un registre volontairement juvénile, avec des silhouettes expressives et des fantômes aux contours lumineux. Il sert efficacement les grimaces et les réactions outrées, même si son trait pourra sembler peut-être sommaire à des lecteurs adultes.

Post Mortem assume ainsi sa cible : un album pour enfants, nourri par le plaisir de voir les grandes figures de l’Histoire perdre un peu de leur majesté au contact d’une collégienne. Zoé voulait quelques réponses pour un devoir : elle récolte finalement une assemblée permanente d’esprits qui ont manifestement beaucoup à dire.

Post Mortem, Bruno Wennagel, Jeanne Frémont et Tim Charx 
Quelle histoire, 7 octobre 2026, 48 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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