Suburra, un film de Stefano Sollima : Critique

Synopsis : La Suburra, quartier malfamé de Rome, est le théâtre d’un ambitieux projet immobilier. L’État, le Vatican et la Mafia sont impliqués. En sept jours, la mécanique va s’enrayer : la Suburra va sombrer, et renaître.

S’ils ne sont pas portés par de grands réalisateurs ou par de grands acteurs, les films italiens ont du mal à être distribués en France. S’ils le sont, il est notable de souligner que les thèmes ou faits abordés sont souvent les mêmes : politique, corruption, affaire policière ou mafia. Parallèlement, les films allemands distribués en France connaissent le même sort et aborderont majoritairement la Seconde Guerre Mondiale, le destin d’Hitler ou encore la Résistance.
Suburra de Stefano Sollima, réalisateur de A.C.A.B : All Cops are Bastards (également avec Pierfrancesco Favino) et créateur de la série Gomorra, n’échappe pas à la règle en se fondant sur une affaire de vote d’un projet immobilier, dans lequel l’état, le Vatican mais également la Mafia vont se retrouvés enlisés.

La bande-annonce donnait à voir un surplus de violences qui ne pouvait qu’annoncer vices corporelles, tortures et règlements de compte. Impossible d’y échapper en traitant de la Mafia, et pourtant, Stefano Sollima ne plonge pas dans une apologie de la violence, ou dans un univers où seule la violence fait loi. Certes, ça résonne de partout, ça tire 8 balles dans la cage thoracique pour venir à bout de l’adversaire, mais les phases de dialogues, pouvant être parfois complexes si l’on perd le fil narratif, viennent apaiser les tensions, plus que palpables, et donnent un cachet à l’ambiance du film, ainsi qu’au jeu des acteurs. Une scène de sexe à l’hôtel, entre Pierfrancesco Favino et deux prostitués, gêne et marque l’esprit par son réalisme grâce à une caméra qui place le spectateur en voyeur, multipliant les effets visuels afin de plonger le spectateur dans un monde orgiaque.
En mêlant différents mondes, qui se révèlent être étroitement corrélés, Stefano Sollima, par l’écriture d’une narration qui peut sembler décousue, mais qui s’avère complexe, fait le pari d’instaurer des véritables portraits de personnages. Alors qu’un politicien trompera sa femme, on assistera, à l’autre bout de Rome, à la vie de famille de Manfredi Anacleti, parrain d’une mafia qui sait se faire respecter. Même si chacun a une place définie et légitime, tous les personnages ne parviennent pas à convaincre, certains arrivant « comme un cheveu sur la soupe », avec une mention pour Jean-Hugues Anglade, petit frenchie du casting, qui débarque en Cardinal. Dur d’exprimer avec clarté et précision le rapport du Vatican face aux faits racontés, même si les intertitres, qui ponctuent le film comme des chapitres, sont là pour nous rappeler le contexte religieux de cette période.
Pierfrancesco Favino convainc mais n’interpelle plus, ce dernier enchaînant des rôles similaires à celui du personnage qu’il endosse dans Suburra, depuis plusieurs années. Elio Germano et Alessandro Borghi ont, quant à eux, la « tête de l’emploi ». Borghi est le parfait petit caïd qui souhaite faire mieux que son père,
mais qui se conduit seul vers la mort, alors que Germano incarne parfaitement ce politicien qui se retrouve malgré lui dans un univers qui l’effraie.
Toutefois, Suburra n’est pas constamment passionnant. Les va-et-vient entre groupes de mafieux, vie de politiciens ou familles fatiguent et énervent, donnant l’impression que le réalisateur n’a pas su se concentrer sur un fait précis. Avec ce parti pris, le jeu spatio-temporel de Stefano Sollima est réussi, mais à la longue, il lasse, la narration étant basée uniquement sur cette alternance.

Mais l’intrigue parvient tout de même à fonctionner grâce à une réalisation lêchée, qui immerge le spectateur dans le monde véreux dépeint par le réalisateur. Certaines s’avèrent brillantes, comme celle du bad (crise de larmes) de Viola, ou encore cette de la fusillade dans le supermarché. Le montage dynamise les actions et intensifie les diverses tensions. Sollima fait également des choix de cadre omniscient, créant ce suspense vis à vis du sort de certains personnages.
Pour accompagner l’image, c’est M83 qui se charge de la bande originale, qui s’avère être une réussite, bien qu’un peu récurrente, le film n’utilisant que deux ou trois morceaux au mieux.
M83 met en musique un univers noir, mais le groupe d’électro – d’origine française ! – sublime les plans qu’il touche. Une fois de plus, le montage se présente comme une des tâches les plus abouties du film.

Suburra s’offre au spectateur comme un film de genre, mélant affaire politiques, corruptions et règlements de compte. Même si l’ensemble du casting ne parvient pas à convaincre, Stefano Sollima, par un montage solide et une réalisation réfléchie, offre une œuvre qui vaut le coup d’oeil, même si elle se repose sur des acquis scénaristiques du cinéma policier italien.

Fiche technique : Suburra

Date de sortie : 9 décembre 2015
Nationalité : Italien, Français
Réalisation : Stefano Sollima
Scénario : Stefano Rulli, Giancarlo de Cataldo, Sandro Petraglia, Carlo Bonini
Interprétation : Pierfrancesco Favino, Elio Germano, Claudio Amendola, Alessandro Borghi, Greta Scarano…
Musique : M83
Photographie : Paolo Carnera
Décors : Paki Meduri
Montage : Patrizio Marone
Producteurs : Marco Chimenz, Giovanni Stabilini, Ricardo Tozzi
Société de distribution (France) : Haut et Court
Genre : Thriller, Drame, Judiciaire
Durée : 135 minutes

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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