Ils sont partout, un film de Yvan Attal : Critique

En réalisant son nouveau film, Yvan Attal s’attaque à un thème brûlant, très casse-gueule, qui en fera bouillir plus d’un, tant il peut être sujet à controverse et au cœur de nombreux débats.

Synopsis : Yvan se sent persécuté par un antisémitisme grandissant et il a l’habitude de s’entendre dire qu’il exagère, qu’il est paranoïaque. Lors de séances chez son psy, Yvan parle donc de ce qui le concerne : son identité, être français et juif aujourd’hui. Mais ces rendez-vous sont aussi et surtout une sorte de fil rouge reliant entre elles plusieurs histoires courtes qui tentent de démonter, sur le mode tragi-comique, les clichés antisémites les plus tenaces

Confessions de faits publics

En effet, si l’antisémitisme n’est pas à démontrer (malheureusement), il reste intéressant de voir comment le réalisateur français a pu le tourner en dérision, en essayant d’éviter au maximum les nombreux travers qui peuvent venir lui barrer la route. Mais l’argument que le réalisateur soit juif, ce qui lui permettrait de faire un film plus acceptable sur l’antisémitisme est-il vraiment recevable et fait-il de ce film une oeuvre meilleure ? On ne peut qu’en douter. Pourtant, la construction du film voulue par le mari de Charlotte Gainsbourg est intéressante, et donne envie de s’attarder sur le long-métrage : un cliché sur les juifs pour un sketch, afin de « ridiculiser » ces lieux-communs qui s’abattent sur cette religion. Malheureusement, le défi d’Yvan Attal n’est pas réussi, car la sauce peine à prendre.

Malgré un casting 5 étoiles, Ils sont partout peine à convaincre tant les différents sketchs sont inégaux, et montés de manière très étrange. Les genres explorés sont bien souvent survolés, et à trop vouloir accentuer le dialogue, Yvan Attal s’enlise dans ses multiples mises en scène, que l’on pourrait assimiler à des courts-métrages unis sous un même thème qu’est l’antisémitisme. S’il fallait retenir deux saynètes, ce serait le premier, avec Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton, dans lequel vient se fondre un pastiche de la politique actuel, porté par deux acteurs qui se complètent très bien, ainsi que le dernier, avec François Damiens et Popeck pour « guest ». Les différentes touches humoristiques de celui-ci sont les plus convaincantes, tout comme la chute, inattendue, qui malgré une certaine gravité s’avère pourtant très belle. Parallèlement, certains sont très décevants, et parfois très mal joués. Charlotte Gainsbourg, en duo avec Dany Boon et Marthe Villalonga, nous offre une des pires prestations de sa carrière. Sa dégaine ainsi que son accent forcé sont d’un désagréable qui ne fait que ternir l’image que l’on a du sketch qui nous est proposé. Celui avec Gilles Lellouche aurait pu être intéressant, mais malgré le format court, on s’enlise dans des failles scénaristiques, les idées vont dans tous les sens et le spectateur ne sait plus où donner de la tête. Enfin, celui de Podalydès et Gadebois est futile au possible. Un dialogue incessant dans on ne voit le bout, alors qu’il s’agit du plus court du film.

Mais le montage ne joue pas en faveur de la bonne crédibilité des sketchs non plus. Les interventions d’Yvan Attal ne nous apparaissent que comme une justification, voire une explication de ce que l’on a vu précédemment, ou de ce à quoi on va assister. Le réalisateur aurait dû minimaliser ses interventions, quitte à proposer une simple succession de sketchs. Impossible de définir Ils sont partout, tant la manière de conter du réalisateur est parfois ambiguë. On ne sait jamais si Yvan Attal veut faire de son film une comédie, ou bien s’il s’agit d’un simple drame qui s’élève comme un dénonciateur d’un racisme qui devient de plus en plus ordinaire. Si l’on ne sait pas que le réalisateur est juif, certaines blagues pourraient être très mal interprétées, notamment lors du premier sketch. Ils sont partout nécessite de prendre un recul impératif sur la situation, mais il est également très intéressant d’entendre Yvan Attal parler de son film, et des objectifs qu’il s’est fixés en donnant vie à ce projet plus hasardeux qu’autre chose.

Si l’esquisse du film était intéressante, le résultat final d’Ils sont partout est assez laborieux et ne sera (malheureusement) pas à mettre entre toutes les mains, tant certaines personnes pourraient prendre les propos tenus par Yvan Attal au premier degré. L’autodérision et le jeu sur les clichés juifs peinent à trouver leur place dans un récit défaillant, dans lequel les sketchs sont bien inégaux, avec des acteurs en pleine forme, alors que d’autres seront à la ramasse. Il est dommageable de constater qu’Ils sont partout est un gâchis filmique derrière lequel se cachait un vrai potentiel, à tel point que l’on peut se demander si le film aurait dû vraiment voir le jour.

Ils sont partout : Bande-annonce

Ils sont partout : Fiche Technique

Réalisateur : Yvan Attal
Scénario : Yvan Attal, Émilie Frèche
Interprétation : Yvan Attal, Benoit Poelvoorde, Valérie Banneton, Gilles Lellouche, Charlotte Gainsbourg, Grégory Gadebois, François Damiens, Denis Podalydès, Dany Boon…
Photographie : Rémy Chevrin
Montage : Jennifer Augé
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
Direction artistique : Katya Wyszkop
Producteurs : Emmanuel Montamat, Thomas Langmann
Sociétés de production : La Petite Reine, Canal +
Distribution (France) : Wild Bunch Distribution
Durée : 111 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 1 juin 2016

France – 2016

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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