La Danseuse, un film de Stéphanie Di Gusto : critique

Synopsis : Rien ne destine Loïe Fuller à devenir une icône de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Même si elle doit se briser le dos et se brûler les yeux avec ses éclairages, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan va précipiter sa chute.

Elle

Pour son tout premier film, Stephanie Di Gusto a choisi de raconter la vie d’une danseuse méconnue : Loïe Fuller, qui croisa la route d’Isadora Duncan. Plus qu’une danseuse-étoile, Loïe (Marie-Louise) était une créatrice de talent dont l’idée la sublima tout autant qu’elle la détruira par la suite. Pour raconter cette vie, la réalisatrice a choisi la performance visuelle en retranscrivant cette danse, ce déploiement de papillon dans les conditions réelles (soit sans effets spéciaux, comme à l’époque) de sa création. Les scènes de danse sont ainsi des moments magnifiques, magiques empreints d’une grande liberté. Stephanie Di Gusto filme ces moments dansés avec d’infinies variations, que ce soit dans l’évolution du morceau, mais aussi en choisissant de les montrer au milieu d’un décor naturel en faisant courir ses actrices dans la forêt. Les espaces sont grands alors même que la plupart des personnages semblent enfermés. Ainsi, Loïe ne parvient pas à s’épanouir dans le succès et ceux qui l’entourent, à l’exception d’Isadora Duncan qui la vampirise, souffrent du même mal. L’idée du film est venue à sa réalisatrice d’une photographie dans laquelle Loïe déploie ses tissus. Le mystère y règne. C’est ainsi que Stephanie Di Gusto a décidé de débuter son film : par l’image d’une Loïe mystérieuse et souffrante, engoncée dans un imbroglio de tissus. Cette scène sera revue (et comprise plus tard). C’est le regard de Gabrielle qui s’impose dans cette scène. La mentor et amie de Loïe est interprétée par une Mélanie Thierry qui y met autant de douceur que de fermeté.

Corps déchu

A côté de Mélanie Thierry dont le personnage s’efface au profit de la reine-danseuse, Soko trouve toute la place pour déployer son jeu, qui se nourrit aussi de ses talents d’artiste derrière ceux d’actrice. Résultat, l’actrice joue une Loïe à la fois sûre d’elle (c’est-à-dire de ses choix), mais aussi broyée par la vie, repliée sur elle-même. C’est d’ailleurs auprès de son double masculin, Louis (Gapard Ulliel), qu’elle tente en vain de s’épanouir. Elle s’accroche finalement plus à lui qu’elle ne se sauve par lui. Et ce n’est pas la lumineuse, mais aussi duale, Isadora Duncan (Lily Rose-Depp) qui aidera la jeune fleur Loïe à déployer « ses ailes de géant qui l’empêche de marcher ». La réalisatrice insiste sur le corps, sa déchirure et les stigmates que laisse la performance sur Loïe. Pourtant, elle ne cesse aussi de la sublimer, de l’écouter, de l’entourer. Si elle filme une chute, elle filme aussi et surtout une performance grandiose qui ne cesse de nous enchanter les yeux. Pour cela, Stephanie Di Gusto insiste sur la beauté de la lumière et du cadre, les plans étant dessinés comme autant de tableaux où s’inscrit la force du féminin que les hommes regardent, des Folies Bergères (où l’on retrouve François Damiens) à l’Opéra (où Louis-Do de Lencquesaing mène la danse). Un beau moment de vie et de cinéma.

Rencontre avec la réalisatrice Stephanie Di Gusto et Soko

La danseuse : Bande-annonce

La danseuse : Fiche technique

Réalisation : Stephanie Di Gusto
Scénario : Stephanie Di Gusto, Sarah Thibau, Thomas Bidegain
Interprétation : Soko, Gaspar Ulliel, Mélanie Thierry, Lily Rose-Depp, François Damiens, Louis-Do de Lencquesaing, Denis Ménochet
Montage : Géraldine Mangenot
Décor : Carlos Conti
Costumes : Anaïs Romand
Production : Les Productions du Trésor, Wild Bunch, Les Films du Fleuve, Sirena Film
Distribution : Wild Bunch Distribution
Récompenses : César des meilleurs costumes
Durée : 120 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 28 septembre 2016
France – 2016

 

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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