Chez nous, un film de Lucas Belvaux : Critique

Pouvoir des extrêmes et « endoctrinement » dans Chez Nous, nouveau film contesté de Lucas Belvaux.

Synopsis : Pauline, infirmière à domicile, entre Lens et Lille, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l’aiment et comptent sur elle. Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste vont lui proposer d’être leur candidate aux prochaines municipales.

Avant même sa sortie en salles et avant même qu’il ne soit vu par qui que ce soit, Chez Nous est déjà source de polémique et d’une levée de boucliers de la part des militants et élus d’extrême droite. Seule la bande-annonce est sortie et pourtant, le film est sujet à de nombreuses critiques. Alors, que vaut le nouveau long-métrage de Lucas Belvaux, deux ans après Pas son genre ?

Au programme du nouveau film de Belvaux, casting 4 étoiles, endoctrinement et milieu populaire. Comme à son habitude, et comme il aime le faire, Lucas Belvaux vient poser sa caméra dans le nord de la France, dont il se sent plus proche, en raison de ses origines belges. En cette année 2017, année d’élection présidentielle française, le réalisateur prend de gros risques en abordant ce thème qu’est le populisme et l’attrait des extrêmes de la part de personnes qui se cherchent politiquement parlant. Comme une suite directe du personnage de Pas son genre, Emilie Dequenne flamboie une nouvelle fois, même si sa force de jeu est amoindrie par celle de ses collègues de jeu, Catherine Jacob, André Dussolier et Patrick Descamps en tête. Ce dernier, acteur récurrent des films de Belvaux, ne cesse de nous impressionner, bien que son rôle ne soit que secondaire. Avec André Dussolier, ils dégagent un charisme fou, dans lequel vient se fondre une personnalité complexe, parfois ambiguë. Difficile de cerner les intentions de chacun, entre désir de réussite et beaux discours.
La belle surprise vient également du côté de Guillaume Gouix, acteur montant du cinéma français récemment aperçu dans Braqueurs, Les Anarchistes ou encore Enragés. Ancien néo-nazi prêt à re-sombrer à tout moment dans la haine et la violence, Stéphane (son personnage) incarne tout ce que l’on déteste, nous faisant hésiter entre once de compassion et dégoût absolu. Son cynisme, mêlé à des sentiments radicaux enfouis au plus profond de lui nous font osciller à son égard.
S’offre donc à nous une pléiade d’acteurs incarnant des personnages tous bien distincts et ancrés dans des réalités qui leur sont propres, avec des passés plus ou moins douteux pour certains. Le principe de ne pas connaitre le passé de chacun, afin de laisser régner des parts d’ombre, est à la fois intéressant mais également glaçant. Mais même s’il s’avère excellent, ce n’est pas pour son casting que l’on s’intéresse à Chez Nous, mais bien pour ses propos et pour les sujets soulevés.

Contrairement à ce que tout le monde laisse sous entendre, Chez Nous n’est pas un film à proprement parler sur le Front National. Certes, des personnages, comme celui de Catherine Jacob, font directement penser à Marine Le Pen, ou bien les noms de partis ainsi que les logos sont des miroirs déformants de la réalité, mais le long-métrage est à appréhender comme un film sur les extrêmes, et sur les endoctrinements. La notion d’extrême droite pourrait aisément être remplacée par le djihadisme.
Par son point de vue, Lucas Belvaux ne peut pas être objectif, comme il se défend de l’être, mais il parvient tout de même à garder un certain recul sur les sujets filmés, sans pousser les traits ou faire de ses personnages des caricatures, à l’exception de celui d’Anne Marivin, trop poussé à l’extrême (dans tous les sens du terme). Le propos n’est en rien manichéen et ne vise pas à diaboliser qui que ce soit. Les mauvaises langues diront que Chez Nous advient comme une critique des propos/idées du Front National, mais ce n’est en rien cela. Le long-métrage de Belvaux s’intéresse au déclin, et non pas au sort final. On cherche à comprendre les raisons, ce qui vaut à certaines personnes, apolitiques de base, de virer dans les extrêmes. Ainsi, des stratégies de communication sont dépeintes, tout comme le choix des représentants, mûrement réfléchi afin de correspondre un maximum aux attentes des citoyens. De cela se dégage toute la puissance de Chez Nous.
Et lire dans certaines critiques que Chez Nous fait le jeu du Front National est une aberration absolue. Il faut être honnête, en avouant que le film ne lui fait pas bonne presse, mais les spectateurs sauront prendre du recul sur ce qu’ils sont en train de voir. Au mieux, le film confortera les électeurs frontistes dans leurs positions. Comme l’a dit Belvaux à plusieurs reprises, « Les élus Frontistes de notre société sont plus caricaturaux que mes personnages. » Chacun tirera les leçons qu’il souhaite du film.

Enfin, Chez Nous s’inscrit parfaitement dans la filmographie de Lucas Belvaux. Par des nuits américaines, des séquences grisâtres, parfois bleutées, et de longs plans donnant libre voie à ses acteurs, le réalisateur ne cesse de structurer ses codes cinématographiques. Les similarités avec 38 témoins et Pas son genre sont très facilement reconnaissables, et ce pour notre plus grand plaisir.

Que l’on soit contestataire ou bienveillant par rapport à ce film, Chez Nous est à voir pour s’en faire un avis bien tranché, au détriment de ce qu’ont pu dire les politiciens sur les plateaux de télévision. Lucas Belvaux a réussi son coup grâce à des acteurs toujours magistralement dirigés et un propos qui tient la route.

Chez Nous : Bande-annonce

Chez Nous : Fiche technique

Réalisateur : Lucas Belvaux
Scénario : Lucas Belvaux, Jérome Leroy
Interprétation : Emilie Dequenne, André Dussolier, Guillaume Gouix, Catherine Jacob, Anne Marivin, Patrick Descamps, Stéphane Caillard…
Photographie : Pierric Gantelmi d’Ille
Montage : Ludo Troch
Musique : Frédéric Vercheval
Direction artistique : Frédérique Belvaux
Producteurs : David Frenkel, Patrick Quinet
Sociétés de production : Synecdoche, Artemis Productions
Distribution (France) : Le Pacte
Budget : 5 340 000 €
Durée : 118 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 22 février 2017

France, Belgique – 2017

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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