Black Book un film de Paul Verhoeven : critique

Synopsis : Pays-Bas, lors de la Seconde Guerre Mondiale. Rachel, ayant échappé de justesse à des bombardements et au massacre perpétré par une patrouille nazie, s’engage dans la Résistance. Elle reçoit la mission d’entrer en contact (et plus si affinités) avec un des responsables locaux de la Gestapo, Müntze.

En abordant la période de la Seconde Guerre Mondiale, Paul Verhoeven signe un film décapant et brutal

Lorsque l’on jette un coup d’œil extérieur à la filmographie de Paul Verhoeven, on en ressort avec l’impression d’une œuvre disparate. Entre un thriller érotique, un film de guerre médiévale et un polar futuriste, quel rapport ?

Et pourtant, rarement une œuvre aura été aussi cohérente. Les thèmes développés par le réalisateur né à Amsterdam tournent à l’obsession. Les procédés également se retrouvent de film en film, sans jamais devenir répétitifs cependant.

Bestialité humaine

Parmi ces thèmes, il y a celui de la brutalité des humains livrés à leurs pulsions. Et peut-on rêver meilleure période, pour montrer la bestialité des hommes, que les guerres ? Que ce soit une guerre médiévale (La Chair et le sang) ou une guerre de science-fiction (Starship Trooper), elles ont toutes ce même point commun.

La Seconde Guerre Mondiale est donc le théâtre idéal pour que Verhoeven développe ses idées. Et personne n’y échappe. Bien entendu, il y a la violence des Nazis, avec la Gestapo et les S.S., mais l’une des forces du cinéaste est de ne pas s’arrêter aux découpages manichéens trop faciles. Ainsi, le spectateur est amené à trouver Müntze plutôt sympathique, pour un Nazi. Ce n’est que pour mieux montrer ses obsessions sexuelles, celles d’un homme qui laisse libre cours à sa libido la plus débridée.

L’une des bases du film est cependant là : Rachel utilise cette libido pour approcher et accrocher Müntze. Sous cet angle, elle n’est pas très éloignée de Catherine Trammell (Sharon Stone dans Basic Instinct), mais plus naïve, n’allant pas au bout. Une Catherine Trammell qui commet l’erreur de tomber amoureuse.

Ce film permet à Verhoeven de signer un magnifique portrait de femme. Là aussi, il échappe à toute caractérisation facile : même si Rachel est souvent dans la position de victime, elle se fait aussi manipulatrice. Comme le personnage de Jennifer Jason Leigh dans La Chair et le sang, elle représente une forme d’innocence souillée, avilie par le contact de la guerre et de la monstruosité.

Film électrochoc

Loin des films habituels sur le sujet, Verhoeven signe une œuvre qui échappe à la sempiternelle ritournelle du Bien contre le Mal. Gentils résistants contre méchants Nazis ? Si c’était aussi simple…

La guerre, c’est le déchaînement autorisé de la violence et des plus bas instincts, quel que soit le côté. D’ailleurs, il n’y a souvent pas vraiment de convictions personnelles, juste des appartenances opportunistes. Ainsi, le Général nazi rejoint allègrement les Alliés et se fait le champion du retournement de veste.

Quant aux exactions commises à la « Libération », elles n’ont rien à envier à ce qui s’est passé sous l’Occupation. Renvoyant dos à dos les deux camps, Verhoeven renouvelle en profondeur un genre figé et livre un film sous forme d’électrochoc.

Il faut dire que sa mise en scène ne nous cache rien des horreurs de l’époque. Ce n’est pas le genre du cinéaste, qui a largement mérité son surnom de Hollandais Violent. Avec une technique parfaitement maîtrisée et un sens du rythme rare (les 145 minutes du film défilent à une vitesse folle), Verhoeven instaure une tension permanente. Le danger peut venir de n’importe quel côté. Les Alliés sont aussi dangereux que les ennemis (et les appellations peuvent varier d’un moment à l’autre).

À cela, ajoutons une interprétation irréprochable, et nous obtenons un grand film, qui sait être brutal et romantique, caustique et lucide. Une œuvre de plus à l’actif d’un des plus grands cinéastes contemporains.

Black Book : Bande Annonce

Black Book : Fiche Technique

Titre original : Zwartboek
Réalisateur : Paul Verhoeven
Scénario : Gerard Soeteman, Paul Verhoeven
Interprétation : Carice Van Houten (Rachel Stein), Sebastian Koch (Ludwig Müntze), Thom Hoffman (Hans Akkermans), Halina Reijn (Ronnie), Waldemar Kobus (Günther Franken).
Photographie : Karl Walter Lindenlaub
Montage : Job ter Burg, James Herbert
Musique : Anne Dudley
Production : Jeroen Beker, Teun Hilte, San Fu Maltha, Jens Meurer, Frans van Gestel
Sociétés de production : Fu Woreks, Egoli Tossell Film, Clockwork Pictures, Studio Babelsberg, Motion Investment Group, Motel Films, Hector BV, ContentFilm International.
Société de distribution : ContentFilm International
Budget : 21 millions de dollars
Date de sortie (France) : 29 novembre 2006
Genre : drame, guerre
Récompenses : Meilleur film, meilleure actrice et meilleure réalisation au Festival du cinéma néerlandais d’Utrecht
Rembrandt Awards 2007 (équivalent néerlandais des Césars) : meilleur film, meilleure actrice
Durée : 145′

Pays-Bas – 2006

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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