Ben-Hur, un film de Timur Bekmambetov : Critique

Après une série de flops réalisés cet été par les remakes, suites et autres spin-off américains (Independance Day, Ghostbusters et même Suicide Squad malgré un démarrage plutôt fort), la superproduction Ben Hur, avait pour ambition de fournir une adaptation moderne et remarquable de l’oeuvre littéraire du général américain Lew Wallace, Ben-Hur : A tale of the Christ. En vain.

Synopsis : Ben-Hur retrace l’histoire épique de Judah Ben-Hur, un prince accusé à tort de trahison par Messala, son frère adoptif, officier de l’armée romaine. Déchu de son titre, séparé de sa famille et de la femme qu’il aime, Judah est réduit à l’esclavage. Après des années en mer, il revient sur sa terre natale dans le but de se venger. Il va y rencontrer son destin.

Le roman, qui connut un franc succès à sa sortie en 1880 aux Etats-Unis en évinçant le bestseller en titre de l’époque, La case de l’Oncle Tom d’Harriet Beecher Stowe, ne fut dépassé par la suite que par la sortie du livre Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell. Véritable précurseur du genre péplum, cette fiction raconte l’histoire de Judas Ben-Hur, prince de Judée, injustement accusé de trahison et rendu à l’esclavage par son meilleur ami d’enfance et frère adoptif, l’officier romain Messala. Après un parcours initiatique jonché d’épreuves, Ben-Hur retrouve son rang de prince et renonce à ses désirs de vengeance, ayant été témoin de la crucifixion du Christ.

A la croisée entre le péplum et le film religieux, cette quatrième adaptation cinématographique du roman de Wallace a voulu se démarquer en produisant une version améliorée du film de 1959 réalisé par l’américain William Wyler. Raflant jusqu’à 11 oscars, le blockbuster de 1959 avec Charlton Heston dans le rôle de Ben-Hur est aujourd’hui considéré comme un classique pour plusieurs raisons : l’excellent casting, les scènes de tournages sublimes et une action honorablement menée par les cascadeurs.

Ainsi, saluée par la critique, l’adaptation de 1959 plaçait la barre très haute pour ses successeurs. Loin de suivre les traces de l’œuvre de Wyler, le remake de 2016 délivre tout de même ce qui était promis dans son trailer, une fiction épique respectant les grandes lignes du péplum Ben-Hur. Plutôt compétent sur sa partie technique, on doit cet accomplissement au réalisateur du film, Timur Bekmambetov (à qui l’on doit déjà le péplum russe Gladiatrix). Usant (et abusant) du montage sur-découpé des scènes d’action et des mouvements de caméra excessifs, Bekmambetov réussit tout de même la prouesse pour ce blockbuster au budget gigantesque de 100 millions de dollars, d’offrir avec authenticité à son audience, deux scènes phares : la bataille en mer des galères et la course de chars.

Véritable force motrice de ce remake, la dimension religieuse s’entrecroise tout au long du film au récit épique. En effet, tiré du roman de Lew Wallace, Ben Hur : A tale of the Christ, les références au christianisme avec la représentation du Messie, de sa prédication jusqu’à sa crucifixion pleuvent dans le film. De fait, alors que l’adaptation de 1959 était déjà particulièrement religieuse, ce nouveau remake innove en donnant la parole et un visage à Jésus Christ, ce qui n’était pas le cas avant. Devenue une véritable référence dans le genre suite à ses apparitions télévisées et cinématographiques (Les anges du Bonheur, La Bible, Son of God) et son travail en tant que productrice déléguée dans le genre (La Bible, Son of God, Unveiled, The Dovekeepers, A.D. The Bible Continues), Jack Huston et Bekmametov s’accordent à reconnaître l’actrice et productrice irlandaise Roma Downey comme l’une des grandes forces derrière le virage religieux pris dans ce film où le prince judéen à l’esprit torturé, Judas Ben-Hur, est guidé dans ses choix par Jésus de Nazareth (interprété par Rodrigo Santoro, 300).

Entre revanche et rédemption, le message fort du pardon véhiculé dans le film participe à l’attachement émotionnel ressenti suite à l’implosion fortuite de cette famille judéenne. Jack Huston que l’on a pu découvrir dans la série Boardwalk Empire dans le rôle de Richard Harrow fournit une performance solide dans le rôle de Ben-Hur, bien qu’il lui manque la carrure et la prestance de Charlton Heston. Toby Kebbell (Black Mirror), interprète de Messala, convainc mais sans plus. Toutefois, on reste dubitatif sur le caractère dichotomique de ce dernier personnage. En effet, dépeint dans un premier temps comme un homme courageux plein d’humilité, de reconnaissance et d’amour envers ses proches, le protagoniste Messala devient en un tour de main l’antagoniste vil du film, rempli d’égoïsme, de cupidité et de vénalité.

Cette épopée qui insiste beaucoup sur la relation entre Ben-Hur et Messala, opère toutefois plusieurs changements dont on se demande s’il ne s’agit pas justement de l’une des causes de l’échec de ce long-métrage. De fait, il est intéressant d’observer que cette nouvelle adaptation élude de manière volontaire l’homosexualité latente des deux personnages principaux dans l’oeuvre littéraire. En définitive, le film qui s’attarde sur le phénomène humain, déçoit finalement par sa mise en scène bancale. Pour n’en citer que quelques uns : la très courte séquence de bataille sous la neige nous laisse sur notre faim alors qu’il s’agit d’un récit épique ; le décor, les costumes et armures sont bien trop propres si on veut rester fidèle au récit d’époque ; et alors que certaines scènes sont beaucoup trop longues par moment, la fin est survolée et négligée. Le doyen Morgan Freeman affublé de dreadlocks pour l’occasion et très peu impliqué dans sa performance, ne permet malheureusement pas de relever le niveau. Enfin, finissant d’achever ce remake, les spectateurs ont droit à un bel anachronisme avec un morceau de la chanteuse contemporaine Andra Day (Titre : The only way out) bien avant que le générique de fin ne commence.

Fort d’un échec cuisant au box office, cette nouvelle adaptation s’est rapidement et inévitablement heurtée à la version classique de William Wyler avec laquelle elle fut comparée. Toutefois, si l’on sort des sentiers battus par les précédentes versions de Ben-Hur, cette fiction reste néanmoins un divertissement pour quiconque décide de le voir, sans forcément y attendre un chef d’oeuvre.

Ben-Hur : Bande annonce [VO]

Ben-Hur : Fiche Technique

Réalisation : Timur Bekmambetov
Scénario :  Keith R. Clarke et John Ridley, d’après Ben-Hur de Lew Wallace
Interprétation : Judas Ben-Hur (Jack Huston), Toby Kebbell (Messala), Ildarin (Morgan Freeman), Jesus-Christ (Rorigo Santoro), Esther (Nazanin Boniadi), Naomi (Ayelet Zurer), Ponce Pilate (Pilou Asbaek), Tirzah (Sofia Black D’Elia)
Photographie : Oliver Wood
Montage : Dody Dorn
Direction artistique : Roberto Caruso, Félix Larivière-Charron, Massimo Pauletto, Gianpaolo Rifino et Alessandro Santucci
Décors : Naomi Shohan
Costumes : Varvara Avdyushko
Musique : Marco Beltrami
Production : Mark Burnett, Sean Daniel, Duncan Hendersen, Joni Levin, Roma Downey
Société de production : Bazelevs Company, Lightworkers Media et Sean Daniel Productions ; Metr-Goldwyn-Mayer et Paramount Pictures (coproductions)
Sociétés de distribution : Paramount Pictures (États-Unis, Mexique, Allemagne), United International Pictures (Singapour, Argentine)
Budget : 100 millions de dollars
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : péplum
Durée : 125 minutes
Date de sortie : 7 septembre 2016

Etats-Unis – 2016

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.