Belles familles, un film de Jean-Paul Rappeneau : critique

A propos de Belles familles, Jean-Paul Rappeneau dit : « c’est un roman familial imaginaire ». Le réalisateur de Bon voyage revient en effet au cinéma, après onze ans d’absence, avec une comédie familiale.

Synopsis : Jérôme Varenne, un homme d’affaires, vit à Shanghai depuis plus de dix ans. En voyage en Europe, il décide soudainement de revenir quelques heures à Paris voir sa famille. Lors d’un dîner avec sa mère et son frère, il apprend que la maison de son enfance, située à Ambray, est au coeur d’un conflit local. Il tient beaucoup à cet endroit et décide alors de se rendre en province pour tenter de régler le conflit et sauver son foyer. Les choses se compliquent lorsqu’il tombe amoureux de la belle-fille de son père, la jeune et jolie Louise. Son retour de quelques heures se prolonge alors de quelques jours…

Du côté d’Ambray

A l’écran, on découvre un casting de luxe composé de Mathieu Amalric ou encore de Karin Viard, mais aussi de la nouvelle « muse » de Rappeneau (après Deneuve, Binoche ou encore Adjani) : Marine Vacth (repérée dans Jeune et Jolie d’Ozon). Cette histoire de famille fictive – mais inspirée de « moments autobiographiques » – tourne autour la vente de la maison du père de famille. Le titre du film a alors un double sens, il nous montre ironiquement peut-être de « belles familles », mais c’est aussi l’histoire de Jérôme (Mathieu Amalric) qui tombe amoureux de la belle-fille de son père, qui avait refait sa vie. Tout l’objet du film est de réconcilier le fils avec l’image de son père (qu’il a fuit dix ans plus tôt en s’installant en Chine). De ce côté-là, rien de bien nouveau. On assiste en effet à un film choral, bien moins en profondeur que ne l’était l’étude des personnages dans Bon voyage. Résultat, on accroche assez peu à cette histoire de litige plus ou moins obscur qui bloque la vente de la maison. La psychologie des personnages est très faible, pour ne pas dire « clichée » : entre le fils en quête du père idéalisé par les autres, fuit par lui et les jeunes filles « belles » mais audacieuses, insoumises ou encore la vieille fille amoureuse éperdue et un peu « bête ». Tout repose sur des pièces successives, comme autant de scènes qui mènent à la reconstitution d’une famille éparpillée. On n’échappera pas non plus à l’éternelle querelle des doubles (les frères, les femmes du père, les femmes du fils). Tout tourne autour d’Ambray, ville imaginaire où tournoient d’autres personnages (notaire, maire, secrétaires, ami d’enfance) jamais vraiment creusés, souvent très simples, trop simples. Cette histoire est assez peu accrocheuse tant elle mène à une conclusion assez attendue et plutôt décevante. En gros, « qui se ressemble, s’assemble ». Soit, sans grande surprise, les deux figures aussi abstraites qu’électriques du film : Amalric et Vacth. Pour le reste, on sourit parfois, mais cette histoire d’allers-retours reste très longue (près de 1h53) et manque parfois cruellement d’intérêt.

Retour du fils prodigue

Jean-Paul Rappeneau se distingue cependant par sa mise en scène construite comme une envolée musicale. Les personnages tournent, semblent comme léviter. Tout est assez fluide, construit en ellipses sur un temps très court, soit quelques heures qui se transforment en deux jours pendant lesquels Jérôme reconstruit le fil de sa vie. Le film est monté comme une longue chorégraphie, Rappeneau ayant pour habitude de tourner son film comme il devra être à la fin, déjà monté. Des qualités visuelles indéniables ressortent donc de Belles familles, mais le film déçoit. Il est pourtant un long mouvement comme en apesanteur (on pense à la scène de l’ouverture du festival, presque burlesque), mais qui peine à se distinguer des attendus du film français familial et choral, rien ne surprend. Au final, tant le scénario est cousu de fil blanc, on s’ennuie assez vite. Tellement que certains acteurs finissent par n’être que des caricatures d’eux-mêmes : Marine Vacth prend des poses, fait la rebelle, l’insaisissable et garde éternellement la même moue sur le visage alors qu’Amalric ouvre ses grands yeux noirs comme ébahis pendant tout le film, semblant sans arrêt se demander pourquoi il ne part pas, tout simplement. Belles familles ressemble ainsi à un chassé-croisé léger, aérien, mais qui tourne à vide.

Bande annonce – Belles familles

Fiche technique – Belles familles

Titre original : Belles familles
Date de sortie : 14 octobre 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Jean-Paul Rappeneau
Scénario : Jean-Paul Rappeneau
Interprétation : Mathieu Amalric, Marine Vacth, Gilles Lellouche, Nicole Garcia, Karin Viard, Guillaume de Tonquédec, André Dussolier, Gemma Chan
Musique : Martin Rappeneau
Photographie : Thierry Arbogast
Décors : Arnaud de Moléron
Montage : Véronique Lange
Production : Bernard Bolzinger
Sociétés de production : ARP Sélection, TF1 Films Production
Sociétés de distribution : ARP Sélection
Budget : 8 millions d’euros
Genre : Comédie
Durée : 113 minutes

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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