Bastille Day, un film de James Watkins : Critique

James Watkins est un réalisateur à la carrière encore jeune et qui tente de faire son trou dans le cinéma de genre. Avec Eden Lake, un thriller horrifique, et La Dame en Noir, pur film d’horreur sous forme d’hommage aux productions de la Hammer, il tentait de s’imposer non pas en renouvelant un genre mais en y revenant à la source, livrant des films honnêtes mais peu mémorables. Avec Bastille Day, il sort un peu de l’horreur traditionnel pour s’essayer au buddy movie.

Synopsis : À la veille du 14 juillet, Zoe Naville, une jeune Française, prépare un attentat à Paris. Son objectif : créer un choc dans la société, sans tuer le moindre civil. Michael Mason, un petit voleur américain, dérobe le sac de Zoe. Il en extrait ce qui l’intéresse et se débarrasse du reste dans le rue. Au même moment, dans une base secrète de la CIA de la capitale française, l’agent Sean Briar, de retour de difficiles missions en Syrie et en Irak, essaie de s’adapter à son nouvel environnement. Les circonstances dramatiques vont l’obliger à s’acclimater plus vite encore. 

24 heures chrono

Un buddy movie tout ce qu’il y a de classique qui évolue pourtant  dans un contexte particulier. Se situant en France car étant majoritairement une production française, il prend place dans un univers où la réalité a dépassé la fiction. Le film fait même parfois écho avec ce que l’on a pu vivre ou voir dans les médias ces derniers temps. Il peut en cela être perçu comme anxiogène, même si sa fonction première est de divertir et, d’une certaine manière, d’exorciser la France de ce climat de peur par son approche romancée et naïve qui apparaît presque comme maladroite.

Cette maladresse viendra en grande partie d’un scénario qui se repose entièrement sur des stéréotypes pour évoluer. Les personnages ont des traits de personnalités tellement forcés que tout paraît caricatural, à un point tel que cela semble voulu pour éviter tout ce qui pourrait paraître trop « réaliste ». Le film essaie d’évoluer dans un second degré constant,  et que même si les événements sont graves, le sauveur américain n’est pas loin pour venir désamorcer les situations. Même l’attentat semble au final dérisoire pour une intrigue qui part sur autre chose et tente le plus possible de masquer ce qui pourrait sembler être du terrorisme. Ici, même si elle vient traiter du racisme dû aux amalgames qu’entraîne ce genre d’attentats, elle le laisse quand même en background et ne vient jamais traiter cette aspect frontalement, comme lorsqu’elle s’attaque aux violences policières. Au final toute la charge anxiogène que pourrait alimenter le film est en arrière plan mais donne l’étrange sensation de ne pas être prise au sérieux, étant traitée ici comme les ressors d’un complot, alors que pour nous cela s’impose comme une réalité. Le gros problème de l’ensemble est en fin de compte de porter un regard trop américain sur notre propre pays. Que ce soit l’aspect patriotique, les dialogues et la manière dont s’enchaînent les événements, tout paraît factice et ne nous correspond pas et on finit par se moquer des clichés qu’aligne le film plutôt que de se prendre véritablement au jeu. Le récit est cousu de fils blancs, les retournements de situations sont prévisibles et les personnages n’ont pas une grande épaisseur, le héros paraît même être une coquille vide juste là pour distribuer des uppercuts. On ne se passionne donc pas pour l’intrigue, d’autant plus que le film étant court, tout est survolé et prétexte à offrir des scènes d’actions.

Le casting est correct, même si certains acteurs français n’arrivent pas s’échapper de la caricature de leurs personnages et plongent dans le ridicule comme José Garcia. Néanmoins, la quasi-totalité du casting fait un job convenable. Idris Elba est monolithique mais c’est voulu par son rôle, il compense surtout par sa classe et son charisme et montre qu’il assure en leading role de film d’action. Richard Madden, acteur découvert dans Game of Thrones, a un certain potentiel, même si ici il ne peut pas entièrement l’exploiter, il dégage un capital sympathique indéniable et pourrait s’imposer comme un des jeunes acteurs sur qui compter. Charlotte Le Bon a le rôle le plus émotif du film et s’en sort très bien, elle a un naturel de jeu assez appréciable et même si elle ne livre pas la performance de sa carrière, elle s’impose sans mal dans un rôle à contre-emploi et prouve qu’elle est une actrice à fort potentiel.

Pour la réalisation on est face à quelque chose qui souffle le chaud et le froid. En terme de photographie, le tout se montre générique faisant parfois même téléfilm et ce n’est pas aidé par des fonds verts assez hideux lors des scènes en voitures. Par contre le montage est plutôt efficace, gérant le rythme à la perfection pour qu’il n’y ait pas de coup de mou et se montre suffisamment bien découpé pour ne pas rendre les scènes d’actions illisibles. D’habitude, dans ce genre de production, on a plus l’habitude de quelque chose de très cut et de nauséeux durant les scènes musclées. La musique n’est pas mémorable mais accompagne convenablement la mise en scène de James Watkins. Il montre un savoir-faire indéniable, disposant même parfois de bonnes idées comme lors d’une course poursuite sur les toits de Paris, où les mouvements de caméra plus aériens se montrent parfois audacieux et assez bien pensés. Les scènes d’actions sont suffisamment bien cadrés pour qu’on ne soit ni trop proche ni trop loin de l’action et pour que la lisibilité soit constante mais celles-ci manquent quand même d’inventivité dans la conception de ses scènes. Le tout est très classique, on enchaîne course-poursuites, combats aux corps à corps et fusillades sans la moindre originalité mais cela reste efficace malgré des situations parfois hautement improbable. On est donc face à un film au visuel lambda pour ce genre de films d’actions mais qui se montre tout de même maîtrisé.  

Bastille Day est un film qui n’est pas désagréable à regarder si on cherche un divertissement sans prise de tête et sans fantaisie. Le tout n’est pas très recherché et apparaît comme un film d’action classique comme on en voit souvent sur nos écrans. Il tente pourtant de décrire une situation très actuelle en France, suite aux horreurs que le pays à traversé, mais au final, cela n’apparaît que comme un prétexte. L’ensemble est très maladroit dans l’exécution de son scénario et dans sa manière de forcer le trait pour éviter un maximum les sujets trop épineux. On a donc un film qui est dépassé par la réalité et qui souffre de celle-ci car il apparaît obsolète et dérisoire. On peut aussi être dubitatif quand à la vision trop américanisé de notre propre pays, qui se montre même irritant dans l’abattage des clichés, mais on se laisse quand même bercé par le casting et l’efficacité de certaines scènes. C’est un divertissement à la qualité limitée et qui ne fera pas date mais qui saura peut-être amuser le temps d’un dimanche soir.

Bastille Day : Fiche technique

Réalisation : James Watkins
Scénario : Andrew Baldwin
Interprétation: Idris Elba (Sean Briar), Richard Madden (Michael Mason), Charlotte Le Bon (Zoe Naville), Kelly Reilly (Karen Dacre), José Garcia (Victor Gamieux), …
Image : Tim Maurice-Jones
Montage: Jon Harris
Musique: Alex Heffes
Costumes : Guy Speranza
Producteur : Bard Dorros, Fabrice Gianfermi, Steve Golin, David Kanter et Philippe Rousselet
Société de production : Anonymous Content et Vendome Pictures
Distributeur : StudioCanal
Durée : 90 minutes
Genre: Action
Date de sortie : 13 juillet 2016

France – 2016

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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