Bang Gang, un film d’Eva Husson: Critique

Beaucoup de bruit pour (presque) rien

Le choix du titre est un passage obligé déterminant dans la diffusion d’un film. Qu’il soit informatif ou bien plus opaque, il influe sur l’envie que l’on peut avoir, ou pas, de découvrir une œuvre. A la lecture de ce titre, Bang Gang (une histoire d’amour moderne), je me suis interrogée sur le sens d’un sous-titre comme celui-ci : à croire qu’il fallait adoucir le ton afin de justifier les images qui peuvent venir à l’esprit à la lecture des deux premiers mots. Au-delà de l’intitulé oxymorique, que trouve t-on dans ce film ? L’histoire emprunte aux codes du teen movie : rien de singulièrement neuf, la fascination du sexe pour des jeunes qui en font la découverte, le fait de tester ses limites, l’individu face à la pression du groupe… Les plus prolifiques dans le genre ont longtemps été les Américains, mais le film d’adolescents s’est développé en dehors du Nouveau Monde, et on en compte un certain nombre en France notamment.

L’intrigue de Bang Gang se déroule à Biarritz, une ville de taille moyenne qui aurait pu être n’importe quelle autre ville. Les protagonistes sont des lycéens, chacun porteur d’un stéréotype plus ou moins marqué : George, la blonde sexy, Laeticia, la copine faire-valoir, Alex, le beau gosse indélicat ou Gabriel, le sombre mélomane. Que le film crée des personnages facilement identifiables pour les besoins d’un genre codifié, très bien, mais cela doit-il signifier que l’on doive marcher sur les mêmes sempiternels sentiers balisés ? Pourquoi les filles sont-elles toujours les victimes d’un appétit sexuel masculin versatile, et pourquoi lorsque celles-ci décident de s’immerger à corps perdu dans une sexualité débridée, elles jettent nécessairement l’opprobre sur elles-mêmes et ceux qu’elles côtoient ? (c’est George la première, que l’on identifie porteuse de la syphilis). L’expérience atteint ses limites physiques, avec l’apparition de la maladie, et morales aussi : on ne sort pas de la traditionnelle dichotomie la maman ou la putain. Une fille qui couche avec des partenaires multiples, c’est une pute et la sentence viendra d’Internet qui porte le coup de grâce à cette vie de perdition. Eva Husson dit s’être appuyée sur un fait divers qui s’est déroulé en 1999. « Ce n’est pas tant le côté sexuel qui m’intéressait – devoir l’affronter me terrorisait – mais j’étais surtout curieuse de comprendre pourquoi ces jeunes, sans prédisposition particulière pour ce genre d’expérience, avaient pu aller aussi loin ? »  C’est de cette façon que la réalisatrice décrit les motifs qui l’ont amenée à ce film. C’est bien comme ça que l’on comprend les choix scénaristiques qui ont été faits : le sexe, érigé en Grand Méchant Loup doit être affronté et vaincu par le retour de la norme. Ce pan de vie, intense et dégénéré se dissout dans la recherche d’une petite vie tranquille. Quand Gabriel en voix off à la fin du film nous dit que quelque chose devait exploser pour qu’émerge le nouveau, on se dit qu’il y a tromperie.

Néanmoins, les personnages ne sont pas marqués à vie et de façon indélébile par ce qui leur est arrivé. Laeticia résume bien cet état de fait : « un peu de pénicilline et hop, plus de maladie, une pilule et hop, plus de bébé : un conte de fées moderne. » Cet aspect contemporain, la réalisatrice ne fait que l’effleurer. Dommage.

Si scénaristiquement le film est convenu, sur le plan de l’image, le film est plutôt beau, la réalisatrice bannit les lumières crues et rend la nudité de ces adolescents belle et sans obscénité. L’image rend la condamnation portée par le scénario moins rude, moins évidente. Elle nous permet d’élaborer une réflexion plus nuancée sur le devenir des personnages.

Bang Gang (une histoire d’amour moderne) vient s’ajouter aux autres films d’adolescents en y apportant peu de nouveauté. Certes, cette période charnière qu’est l’adolescence est vécue de façon universelle dans les grandes lignes, mais il est dommage qu’Eva Husson n’ait pas davantage exploité les spécificités contemporaines de son histoire, avec tout ce que peut apporter Internet. Par ailleurs, la réalisatrice évoque en entretien sa volonté de « mettre à mal le paradigme patriarcal ». Si George est l’incarnation de cette évolution, elle reste encore timorée, car même si elle affronte ce qui lui arrive, que la honte ne la brise pas, elle est en définitive « sauvée » par son prince charmant.

Synopsis : Les faubourgs aisés d’une ville sur la côte atlantique. George, jolie jeune fille de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Pour attirer son attention, elle lance un jeu collectif où sa bande d’amis va découvrir, tester et repousser les limites de leur sexualité. Au milieu des scandales et de l’effondrement de leur système de valeurs, chacun gère cette période intense de manière radicalement différente

Bang Gang : Fiche technique

France
Genre : Drame
Écrit et réalisé par : Eva Husson
Distribution : Marilyn Lima (George), Finnegan Oldfield (Alex), Lorenzo Lefèbvre (Gabriel), Daisy Broom (Laeticia), Fred Hotier (Nikita)
Photographie : Mattias Troelstrup
Montage : Emilie Orsini
Musique : Clément Souchier, Jeanne Trellu
Produit par : Laurent Baudens, Didar Domehri, Gaël Nouaille
Distribué par : Ad Vitam
Date de sortie : 13 janvier 2016

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Constance Mendez-Harscouët
Constance Mendez-Harscouëthttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières amours de cinéma, c'est aux films d'animation que je les dois. La poésie du dessin animé est incomparable à mes yeux. J'ai ensuite élargi mes perspectives et ai découvert à quel point le champ du septième art était vaste et beau. Mon envie de films ne s'est jamais tarie. J'en ai vus et je continue d'en voir autant que je peux, car, au-delà d'être un divertissement, le cinéma façonne ma manière de voir le monde.

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