Baby phone, un film d’Olivier Casas : Critique cinéma

Même s’il s’en défend, Olivier Casas a pensé son premier film dans la pure tradition des adaptations de pièces de théâtre. La bonne humeur qui se dégage de son Baby phone nous rappelle toutefois que cette construction classique reste ce que l’on fait de meilleur en termes de comédies françaises.

Synopsis : Ben et Charlotte organisent un diner où ils réunissent amis et parents autour de leurs recettes bios. Au fil de la soirée, les maladresses et autres révélations se succèdent et remettent en cause leurs relations l’une après l’autre.

L’hypocrisie, quel beau ressort comique!

Bien déterminé à réaliser ce premier long-métrage qui semblait lui tenir à cœur, Olivier Casas réalisa en 2013 un court mettant en scène ce qui allait être la plus mémorable des situations comiques mais, surtout, le nœud scénaristique majeur de son script (que le teaser nous spoile sans scrupules). Cette opiniâtreté suffirait baby-phone-Medi-Sadounpresque à elle seule à qualifier de Baby Phone de film d’auteur. Pourtant, son inspiration très appuyée pour certains néo-classiques de la comédie française, tel qu’Un Air de Famille (Cédric Klapisch, 1996), eux-mêmes directement hérités de la tradition théâtrale, en fait un vaudeville extrêmement calibré.

Le casting semble également vouloir tirer au maximum profit de visages connus pour avoir multiplier les rôles secondaires, en particulier dans le domaine de la comédie franchouillarde : Medi Sadoun, Anne Marivin, Lannick Gautry, Pascal Demolon, Marie-Christine Adam (tous deux déjà dans le court-métrage) mais aussi Michel Jonasz.

Donnez à chacun d’eux des rôles aux traits épais, réunissez-les dans un même appartement quelques heures, mélangez le tout et vous obtenez un huis-clos tragicomique comme on en a déjà vu des mille et des cents. Olivier Casas avait dès lors le défi d’assurer une écriture particulièrement ingénieuse et pertinente pour sauver son film de la monotonie et du déjà-vu.

A partir de ce canevas on-ne-peut-plus convenu et de ces personnages qui frisent souvent la caricature, le jeune cinéaste parvient à enchainer à un rythme ininterrompu les dialogues, non-dits et quiproquos qui –c’est assez rare pour être souligné – font baby-phone-pascal-demolonplus souvent mouche qu’ils ne tombent à l’eau. Au cœur de son viseur, la sincérité des relations entre les personnages est mise à mal au gré de ces répliques et autres gags joyeusement efficaces. Cette thématique est d’une telle universalité qu’il est impossible de ne pas se reconnaitre dans l’un des conflits sous-jacents qui émergent de ce repas mouvementé. La bonne humeur est donc au rendez-vous, sans que la bien-pensance ne vienne plomber ce récit qui a le bon gout d’éviter le happy-end doucereux et consensuel.

Hormis Demolon dont le surjeu plein de mimiques reste difficilement supportable, les interprètes prouvent leur talent comique, mais aussi assurent quelques partitions plus graves, telle que lors de cette scène finale au cours de laquelle une composition au piano parvient à calmer les esprits. Une scène certes lourdement émouvante mais tout de même une belle façon de rappeler qu’il n’y a rien de tel que la musique pour adoucir les mœurs.

Baby Phone, sans jamais avoir l’ambition de révolutionner ce genre franco-français qu’est le vaudeville en appartement, évite les pièges de la lourdeur et de la niaiserie que l’on pouvait craindre. Cette agréable petite comédie faite de spontanéité et de bons mots est la preuve que, malgré le risque de la redite, c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes.

Baby Phone : Bande-annonce

Baby Phone : Fiche technique

Réalisation : Olivier Casas
Scénario : Audrey Lanj, Olivier Casas, Serge Lamadie
Interprètes : Medi Sadoun (Ben), Anne Marivin (Charlotte), Lannick Gautry (Nathan), Pascal Demolon (Simon), Marie-Christine Adam (Monique), Michel Jonasz (Hubert), Barbara Schulz (Juliette)…
Photographie : Sylvain Rodriguez
Musique : Laurent Aknin
Montage : Olivia Chiche
Décors : Marc-Philippe Guerig
Production : Sylvain Golberg, Olivier Casas, Serge de Poucques, Najib Kerbouche, Michaël Serero…
Sociétés de production : Baby Phone Cinéma, Nexus Factory
Distribution : La Belle Company
Genre : comédie
Durée : 87 minutes
Date de sortie : 8 mars 2016
France – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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