After Earth : Shyamalan en mode écran de veille

Critique du film After Earth

Pour planter le décor, un vaisseau spatial se trouve contraint d’atterrir sur la Terre, une planète devenue interdite, mille ans après que l’humanité ait été obligée de l’évacuer, chassée par des événements cataclysmiques. Sur cette Terre désormais hostile, le père Cypher, inteprété par Will Smith grièvement blessé, doit rester dans une position de surveillance dans le vaisseau, tandis que son fils Kitai Raige incarné par Jaden Smith, s’engage dans un périple à haut risque pour signaler leur présence et demander de l’aide. Kitai va explorer des lieux inconnus, affronter les espèces animales qui ont évolué et dominent à présent la planète, et combattre une créature extraterrestre redoutable qui s’est échappée au moment du crash. Pour avoir une chance de rentrer chez eux, père et fils doivent apprendre à communiquer et se faire mutuellement confiance…

Après les films, Sixième Sens (1999), et Incassable (2000), Shyamalan avec Le Village (2004) réalise un film plus politique, mettant en scène une communauté fondée sur des croyances et des peurs et leur rupture. Entre temps soulignons que le réalisateur a fait des films dont a assez peu entendu parler comme La Jeune fille et l’eau (2006) et Phénomènes (2008).

C’est un réalisateur, qui à la manière d’un Michael Bay², semble cristalliser une forme de haine de la part des critiques, alors qu’il tente à juste titre de mettre de la poésie, une forme de philosophie et de réflexion dans ses films, malgré le formatage imposé par l’industrie hollywoodienne.

After Earth est d’abord l’adaptation cinématographique d’une bande dessinée After Earth : Innocence, et d’un roman After Earth : Ghost Stories. Mais on peut regretter un scénario prévisible qui le résume à un blockbuster, mené par des producteurs qui certainement n’arrivent plus qu’à voir la machine à fric facile, au détriment de la création. C’est un genre d’Heroic Fantasy classique où le fils du héros, ce père commandant, entouré d’une aura de guerrier sauveur, revient sur la Terre fondatrice de l’humanité, pour affronter des épreuves aussi bien physiques que mentales.On peut reprocher à ce film, la quasi inexistence des vestiges humains, un passage un peu trop rapide sur la flore et la faune terrestre, et une intrigue un peu plate mais avouons-le, ça reste un bon divertissement. Les paysages sont magnifiques, et dans l’ensemble les effets spéciaux sont à la hauteur des espérances.

De plus, Syamalan a encore une fois tenté d’introduire des thèmes dans cette œuvre de science-fiction, d’une part la relation entre un père et son fils avec ses complexités, et un traumatisme en fond de toile, un choix qui peut déstabiliser le spectateur par conséquent. Le thème de base, quant à lui, concerne l’affrontement de la peur, et la détermination à y faire face.Même si on passe rapidement sur le sujet comment affronter ses peurs, c’est probablement ce qui accroche le plus, ce point de vue sur nos frayeurs est atypique bien que tout à fait logique si on y pense une minute.

Cette phrase « La peur n’est pas réelle. Elle est un produit des pensées que tu crées… Le danger est très réel. Mais la peur est un choix » peut tout aussi bien faire référence au livre Dune ² : »Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi. »Cela montre aussi que le réalisateur n’a pas complétement succombé à cette industrie où les requins de la finance se sont introduits.

Les thèmes du film After Earth

After Earth est un film qui a plusieurs reprises, met en avant un point de vue sur la peur qui n’est qu’une illusion, une sorte d’énergie morte dans notre mental. La solution pour y faire face, consiste à revenir dans le temps présent.

C’est une idée philosophiquement très intéressante, revenir dans « maintenant » pour ne pas succomber : être conscient de son environnement en le touchant, d’où les scènes où le fils touche la terre, entend les bruits…  En fait, il prend conscience de qui est là à l’instant présent pour faire face aux dangers réels.Hélas la fragilité de l’intrigue vient ternir le véritable potentiel de l’histoire, qui est dans la phrase la peur est un choix, le danger est réel, et on passe trop vite sur cette idée, pour aller vers une fin bien trop prévisible. Notons au passage qu’un autre thème est sous-jacent, celui de l’écologie, bien que mineur, à travers la scène des baleines nombreuses et libres depuis le départ de l’humanité, un appel à protéger notre Terre de la destruction.

On peut au final se poser la question si Syamalan ne devrait pas lui aussi affronter ses peurs, sortir du mode écran de veille, pour aller vers le cinéma indépendant, et prendre une autre voie, lui aussi, loin d’un Entertainement castrateur ! Avec plus de liberté en effet, et en s’éloignant davantage des conventions hollywoodiennes, le réalisateur aurait pu magnifier son thème central et réaliser un grand film. Remarquons que l’affiche d’After Earth, avec Will Smith, reprend à peu de choses près le thème abordé par Oblivion.


Note : ²Michael Benjamin Bay est un réalisateur et un producteur américain connu pour avoir réalisé des films d’action et catastrophique avec gros budget, caractérisés par leur utilisation massive d’effets spéciaux. ²Dune est un roman de science-fiction écrit par Frank Herbert et publié aux États-Unis en 1965, un film réalisé par David Lynch en 1984 et 2000 une mini-série américaine en 3 épisodes, adaptée et réalisée par John Harrison.

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